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Un désordre négocié ? Légitimations et conflits de juridictions autour des Médecines Complémentaires et Alternatives par Adrien KUREK

Discipline : Sociologie
Laboratoire : Professions, Institutions, Temporalités - PRINTEMPS

Date de la soutenance : 18 juin 2026
 

Résumé

Cette thèse étudie les processus de légitimation actuellement développés par un ensemble de pratiques hétérogènes : les « médecines complémentaires et alternatives » (MCA). À partir d’une enquête qualitative, menée auprès d’une diversité d’acteurs (patients, thérapeutes, associations, syndicats, sociétés savantes, entreprises innovantes) et de disciplines (principalement ostéopathie, réflexologie, naturopathie, sophrologie), croisée à l’analyse de littérature grise et à la constitution de corpus de presse et de bases de données quantitatives, la thèse envisage les MCA comme un « monde social », au sens d’Anselm Strauss. En faisant dialoguer sociologie économique des médiations marchandes et des dispositifs de jugement, sociologie des proto-professions et des groupes professionnels, et sociologie des sciences et des savoirs profanes, elle analyse les processus de segmentation/intersection des différentes communautés concernées, au principe d’un accroissement de la légitimité sociale et institutionnelle de ces pratiques. Après les quatres premiers chapitres, analysant les diverses opérations de cadrage de ces pratiques, par les institutions internationales, les médias et les pouvoirs publics notamment, la thèse s’intéresse aux tentatives de stabilisation d’un « ordre social » des MCA, que les acteurs observés déploient selon trois plans de légitimation. Le plan de la marchandisation s’intéresse aux processus de mise en marché des alternatives de santé, en restituant les difficultés intrinsèques des processus de reconversion professionnelle et l’action des médiations marchandes visant à faciliter ces derniers. Le plan de la professionnalisation donne à voir le travail de réforme interne mené par des acteurs associatifs et syndicaux pour faire émerger un sentiment d’unité au sein de leur discipline, et satisfaire aux attentes de mise en conformité administrative des pouvoirs publics. Le plan de la scientifisation est lui le lieu de réflexions menées par des collectifs hybrides, au sein de sociétés savantes, visant à apporter la preuve de l’efficacité thérapeutique de ces pratiques. Loin de fonctionner en huis clos, ces différents plans de légitimation s’entraînent les uns les autres, mais peuvent également donner lieu à la production d’injonctions paradoxales qui fragilisent alors les possibilités de réforme de leurs disciplines par les praticiens. La thèse se conclut en montrant qu’en l’absence d’une intervention étatique conséquente et coordonnée, les alliances formées autour de la légitimation des MCA restent aujourd’hui circonstancielles et les tentatives de structuration de ces disciplines limitées. Toutefois, plutôt que de considérer l’absence de stabilité durable de cet ordre social et l’éclatement périodique de conflits autour de la définition de la place des MCA comme le signe d’un échec constamment rejoué, les conflits de légitimation des MCA sont analysés comme l’occasion d’autant de petits déplacements successifs, qui permettent l’intégration croissante de ces pratiques dans les interstices de différents espaces sociaux. 


Mots clés de la thèse : médecines alternatives, MCA, mondes sociaux, santé, légitimation
 

Membres du jury

  • Madame Elodie BETHOUX, directrice de la thèse
  • Monsieur Morgan JOUVENET, président du jury
  • Monsieur François BUTON, rapporteur
  • Madame Séverine LOUVEL, rapportrice
  • Madame Nadia GARNOUSSI, examinatrice
  • Monsieur Jeremy WARD, examinateur