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Léa SYS, doctorante en première année au sein du laboratoire, nous parle de son sujet de thèse, ses envies et ses motivations.

"Comment devient-on un.e professionnel.le de la finance ? Formation et trajectoires sociales des futur.e.s professionel.le.s de la finance."

le 28 juin 2022

Est-ce que tu peux me présenter ton sujet ? 

Je travaille sur les formations et les trajectoires des futur·es professionnel·les de la finance. L’objectif dans un premier temps, est d’étudier les différents cursus à partir du niveau Master en finance de marché, finance d’entreprise, assurances, gestion de patrimoine, donc essentiellement la finance dite « d’élite ». 

Dans un second temps, j’essaie de retracer les parcours, les trajectoires des étudiant·es : est-ce que faire de la finance serait une sorte de revanche sociale ? Est-ce qu’au contraire c’est maintenir sa position dans l’espace social ? 

Je me questionne également sur le développement de ces formations au sein des institutions de l’enseignement supérieur français, c'est-à-dire comment des établissements publics forment des étudiant·es pour faire carrière dans le privé et exercer des activités assez rémunératrices comme celles de la sphère financière.


Et tu es en première année ?

Oui, c’est ma première année. Avant ça j’ai fait une licence à l’Institut Catholique de Paris en Sciences Politiques, Sociologie et Sciences Economiques. Ce qui m'intéressait le plus c’était les sciences politiques, mais je me suis découvert une passion pour la sociologie lors de ces années-là. Le fait de découvrir le monde, de déconstruire tout ce qui nous entoure… La sociologie a un pouvoir incroyable ! 

J’ai donc voulu continuer en sociologie du travail ici à l’UVSQ, où j’ai fait un master en sociologie du travail, des expertises et des organisations. Ces deux années ont confirmé mon envie d’aller jusqu’à la thèse. En première année de master, on a un stage d’observation de six semaines à faire. Je l’ai réalisé dans une banque d’investissement et de trading en ligne, et c’est là que je me suis dit, après ce premier mémoire de recherche, que j’avais vraiment envie de mieux comprendre l’univers financier, de déconstruire tout ça, et d’aller plus loin. 


Et pourquoi la finance en particulier ?

Alors, il y a plusieurs raisons. La première c’est que j’ai envie de dévoiler ce monde qui paraît très obscur et hors-sol mais qui pourtant a un impact -certes invisibilisé- sur la vie de chacun et chacune. J’ai la volonté de comprendre non pas le système financier en lui-même, mais plutôt ses futures petites mains qui le font vivre. 

Ensuite, je me demande ce qui motive les étudiants et les étudiantes à s’orienter vers la finance. On nous présente souvent la jeune génération comme éclairée, consciente des enjeux climatiques et humains. La prénotion que je peux avoir ici, c’est que finance et convictions écologiques ne vont pas naturellement de pair, c’est aussi un axe que j’aimerais creuser durant ma recherche. 

Et tu as déjà commencé à faire des entretiens ?

Oui, j’ai commencé avec des responsables de formation. Mon terrain regroupe une université parisienne, un grand établissement et une grande école d’ingénieurs. Pour savoir ce que les étudiants et étudiantes apprennent et comment, je me penche sur les discours des responsables de formation, car ils ont une vision d’ensemble du parcours et participent activement à l’apprentissage de ces jeunes. Ils transmettent les clés théoriques et professionnelles des futur·es diplômé·es de leurs cursus. 

Mais je n’ai pas encore commencé les entretiens avec les étudiant·es qui souhaitent faire carrière dans la finance, et qui constitueront naturellement le corps principal de mon matériel de recherche.

Je lis beaucoup aussi, sur les élites internationales par exemple, les cadres, les curricula ou encore les formations dans l’enseignement supérieur. Par exemple, le livre de C. Dupuy et F. Sarfati sur l’école 42, est éclairant pour mon sujet. Ça permet de faire le lien avec le développement de formations très professionnalisantes qui s’éloignent d’une pure logique universitaire qui aurait pour ambition de former des êtres éclairés s’interrogeant sur la société. D’ailleurs dans les entretiens que j’ai fait jusqu’ici, il n’y en a peut-être qu’un ou deux responsable(s) de master qui m’ont parlé du doctorat. Ce n’est pas du tout le but recherché des formations en finance que j’ai pu étudier. Alors qu’on est à l’université !

Et toi, pourquoi tu voulais faire de la recherche ?

C’était vraiment pour creuser ce sujet. J’ai eu la chance de le choisir moi-même, personne ne me l’a imposé, donc c’est vraiment par passion pour ce sujet-là. Je ne crois pas que j’aurais fait une thèse si ça avait été un autre sujet.  

La thèse c’était aussi un moyen pour moi de continuer dans la recherche plus tard. Mais, principe de réalité, et pourtant ça ne fait qu’un an que je suis baignée dans ce monde de la recherche académique, mais depuis que j’ai commencé le doctorat, je me rends compte que c’est très compliqué. Dès qu’une étape se termine, une nouvelle commence. Et c’est épuisant. Je ne suis pas sûre de me lancer après la thèse dans ce parcours qui peut durer très longtemps avant d’avoir un poste et d’être titularisée. 

Ça reste quand même un peu un rêve de continuer dans la recherche universitaire et d’enseigner, parce que j’adore transmettre. Dans tous les cas, par rapport à mes valeurs et mes envies, je ferai en sorte de rester dans une forme de recherche au service de l’intérêt général !